Femme entourée de formes abstraites évoquant la perception et l’expérience intérieure

Ce que je vis

Nous traversons chaque journée en pensant rencontrer la réalité telle qu’elle est.

Pourtant, nous ne vivons jamais uniquement ce qui se passe.

Nous vivons aussi ce que cet événement réveille en nous.

Une parole peut nous toucher plus que prévu.

Un changement peut nous déstabiliser ou, au contraire, nous donner un nouvel élan.

Une rencontre peut nous rassurer, nous déranger ou faire apparaître une part de nous que nous connaissions peu.

Ce que nous vivons se construit ainsi à la rencontre de deux réalités : ce qui arrive à l’extérieur et ce qui existe déjà à l’intérieur de nous.

Notre histoire, notre sensibilité, nos attentes, nos souvenirs et notre état du moment influencent notre manière de percevoir les événements.

C’est ce qui rend chaque expérience profondément personnelle.

La réalité et la manière dont nous la vivons

Tout ne dépend pas de nous.

Nous ne choisissons pas tous les événements. Nous ne contrôlons pas les réactions des autres, les imprévus, les séparations, les changements ou les difficultés qui peuvent apparaître.

Mais entre ce qui arrive et ce que nous en faisons, il existe un espace.

Dans cet espace se trouvent notre regard, notre interprétation et notre manière de répondre.

Une remarque peut être reçue comme un rejet ou comme une maladresse.

Un changement peut ressembler à une perte ou ouvrir une nouvelle direction.

Un moment de solitude peut être vécu comme un vide, mais aussi devenir un temps de repos, de création ou de retour vers soi.

Cela ne signifie pas qu’il suffit de penser positivement pour que tout aille bien. Certaines situations font réellement mal. Certaines demandent du temps, de l’aide ou une décision importante.

Il ne s’agit pas de nier ce que nous ressentons.

Il s’agit de reconnaître que notre première interprétation n’est pas toujours la seule possible.

Ce qui influence notre regard

Notre manière de vivre une situation se construit au fil du temps.

Un enfant souvent encouragé peut apprendre à essayer sans avoir trop peur de se tromper. Un autre, régulièrement critiqué, peut finir par croire que chaque erreur remet en cause sa valeur.

Plus tard, face à une difficulté, ils ne réagiront probablement pas de la même façon.

Nous portons parfois des convictions anciennes :

Je dois tout faire parfaitement.

Je ne peux compter que sur moi.

Je dois être utile pour être apprécié.

Je n’ai pas le droit de décevoir.

Ces pensées ne sont pas toujours clairement formulées. Elles agissent plutôt comme des habitudes intérieures.

Elles influencent nos choix, mais aussi ce que nous remarquons.

Lorsque nous croyons ne pas être à la hauteur, nous voyons facilement ce qui confirme cette idée. Nous retenons une critique et oublions plusieurs encouragements. Nous considérons nos réussites comme normales et nos hésitations comme des preuves de faiblesse.

Pourtant, une conviction n’est pas une vérité définitive.

Elle peut être observée, comprise et transformée.

Nous ne sommes pas condamnés à répéter

Il arrive que certaines situations semblent revenir.

Nous rencontrons le même type de relation.

Nous faisons passer les besoins des autres avant les nôtres.

Nous renonçons à un projet au moment où il commence à devenir sérieux.

Nous gardons le silence alors que nous aurions besoin de parler.

Ces répétitions ne signifient pas nécessairement que quelque chose ne va pas en nous. Elles peuvent simplement indiquer qu’une ancienne manière de réagir est encore active.

Nous choisissons souvent ce qui nous est familier, même lorsque ce n’est plus ce qui nous convient.

Mais dès que nous reconnaissons un fonctionnement, une nouvelle possibilité apparaît.

Nous pouvons poser une limite.

Demander ce dont nous avons besoin.

Prendre le temps avant de répondre.

Essayer malgré l’incertitude.

Accepter que quelqu’un ne soit pas d’accord.

Rester lorsqu’il faut apprendre à ne plus fuir.

Partir lorsque rester revient à se perdre.

Le changement ne prend pas toujours la forme d’une grande décision. Il commence parfois par une réponse légèrement différente.

Et cette différence peut modifier la suite.

Ce que nous vivons peut aussi nous révéler

Tout ce que nous vivons n’est pas un problème à résoudre.

Une rencontre peut réveiller une part de nous restée silencieuse.

Un projet peut nous faire découvrir une capacité que nous ignorions.

Un voyage peut déplacer notre regard.

Une responsabilité nouvelle peut révéler notre force.

Même une période d’incertitude peut nous conduire à chercher une manière de vivre plus juste.

Nous avançons aussi grâce à ce qui nous touche, nous étonne et nous met en mouvement.

Il y a les difficultés que nous traversons, mais également les élans que nous suivons, les liens que nous créons, les plaisirs simples et les décisions dont nous pouvons être fiers.

Changer notre réalité ne consiste donc pas seulement à sortir de ce qui nous fait souffrir.

C’est aussi apprendre à reconnaître ce qui nous fait du bien et lui donner davantage de place.

Verres colorés disposés autour du mot regard pour évoquer différentes perceptions de la réalité

Reprendre une part de liberté

Nous ne pouvons pas réécrire tout ce qui s’est passé.

Mais nous pouvons regarder notre expérience autrement.

Nous pouvons distinguer les faits de ce que nous avons conclu sur nous-mêmes.

Cette personne est partie est un fait.

Personne ne restera jamais avec moi est une conclusion.

Ce projet n’a pas abouti est un fait.

Je ne réussirai jamais rien est une conclusion.

Cette distinction ne supprime pas l’émotion. Elle évite qu’un événement devienne une définition de notre avenir.

Ce que nous vivons nous transforme, mais ne nous enferme pas.

À chaque étape, nous pouvons découvrir une autre manière de regarder, de choisir et d’agir.

Nous ne contrôlons pas toute la réalité.

Mais nous pouvons progressivement changer la place que nous y occupons.

Une pensée à garder

Ce que nous ressentons est réel.

Mais l’interprétation que nous en faisons n’est pas toujours toute la réalité.

Lorsque quelque chose nous bouleverse, nous pouvons prendre un instant pour distinguer ce qui s’est réellement passé de ce que notre histoire nous fait craindre, attendre ou imaginer.

Cet espace ne supprime pas l’émotion.

Il nous permet simplement de ne plus lui confier toute la suite de l’histoire.

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