Gateway Process, programme étudié par le renseignement militaire américain pour explorer les états de conscience

Pourquoi la CIA s’est-elle intéressée au Gateway Process ?

En 1983, un lieutenant-colonel du renseignement militaire américain reçoit une mission inhabituelle.

Il doit étudier une méthode développée par le Monroe Institute pour explorer différents états de conscience : la Gateway Experience.

Cette méthode associe notamment le son, la relaxation et des exercices destinés à modifier progressivement l’état de conscience du participant.

Mais le rapport qui en résulte va beaucoup plus loin.

Au fil des pages apparaissent l’hypnose, la méditation, la synchronisation cérébrale, les sorties hors du corps, la perception à distance, le temps, l’énergie et une conception holographique de la réalité.

Le document existe toujours.

Déclassifié, il est aujourd’hui accessible dans les archives de la CIA sous le titre Analysis and Assessment of Gateway Process.

C’est ainsi qu’il est devenu célèbre sur Internet sous le nom de « rapport Gateway de la CIA ».

Cette appellation cache pourtant une histoire plus complexe.

La CIA n’a pas rédigé ce rapport. Son auteur appartient au renseignement militaire américain et sa mission consiste à comprendre comment Gateway pourrait fonctionner et quelle pourrait être son utilité pratique.

Plus étonnant encore : il a lui-même suivi la formation qu’il est chargé d’étudier.

1. Le rapport Gateway : un document militaire vraiment inhabituel

Un rapport rédigé en 1983 par Wayne McDonnell

Le rapport est daté du 9 juin 1983.

Il est signé par le lieutenant-colonel Wayne M. McDonnell, membre de l’U.S. Army Intelligence and Security Command, l’INSCOM.

Pour comprendre ce qui pourrait se produire pendant Gateway, McDonnell examine différentes pistes.

L’hypnose.

La méditation transcendantale.

Le biofeedback.

Les travaux d’Itzhak Bentov.

Puis son analyse s’étend progressivement au fonctionnement du cerveau, à l’énergie, à la physique et finalement à la conscience elle-même.

McDonnell ne travaille pas uniquement à partir de documents.

Il a lui-même suivi Gateway, accompagné d’un médecin avec lequel il a ensuite discuté de certains aspects physiologiques de l’expérience.

Son rapport doit également pouvoir servir à d’autres personnels de l’INSCOM amenés à suivre la formation ou à travailler avec le matériel Gateway.

Nous ne sommes donc pas simplement devant une étude théorique consacrée aux idées de Robert Monroe.

Pourquoi ce rapport se trouve-t-il dans les archives de la CIA ?

La première page du rapport indique clairement son origine :

Department of the Army.

McDonnell travaille pour le renseignement militaire. Il ne rédige pas ce document pour la CIA.

Alors pourquoi parle-t-on constamment du Gateway Process de la CIA ?

Parce que le document a été rendu public dans un ensemble d’archives aujourd’hui consultables par l’intermédiaire de la CIA.

La copie déclassifiée porte ainsi les références de l’agence, ce qui a progressivement associé son nom au Gateway Process.

Le raccourci est compréhensible, mais il faut distinguer les deux choses.

La CIA conserve et publie le document. L’armée américaine est à l’origine du rapport.

2. Pourquoi le renseignement américain s’intéressait-il à ce type d’expérience ?

Un contexte beaucoup plus vaste que Gateway

Lorsque McDonnell rédige son rapport, l’intérêt américain pour les formes inhabituelles de perception existe déjà depuis plusieurs années.

Nous sommes en pleine Guerre froide.

Les services américains suivent notamment les recherches soviétiques consacrées à certains phénomènes psychiques et cherchent à déterminer s’ils pourraient présenter un intérêt militaire ou stratégique.

Aux États-Unis, des recherches sont alors menées autour de la remote viewing, ou vision à distance.

Le principe est étonnant : demander à une personne de décrire une cible qu’elle ne connaît pas et à laquelle elle n’a normalement aucun accès.

Cette cible peut être un lieu, un objet, une installation ou une situation.

Le participant rapporte ce qu’il perçoit sous différentes formes : impressions, caractéristiques physiques, formes, mouvements ou dessins.

La question posée par le renseignement est concrète :

peut-on obtenir ainsi une information utile que les moyens habituels ne permettent pas d’obtenir ?

Des expériences sont réalisées, des personnels sont entraînés et certaines recherches passent progressivement du laboratoire à des demandes liées au renseignement.

Les résultats ne conduisent pas les autorités américaines à refermer immédiatement le dossier.

Les recherches se poursuivent sous différentes formes pendant plusieurs années.

C’est dans cet environnement que Gateway attire l’attention.

Gateway n’était pas Stargate

Il faut cependant éviter une confusion fréquente.

Gateway et Stargate ne sont pas deux noms successifs du même programme.

Gateway désigne une méthode développée autour des recherches de Robert Monroe et du Monroe Institute.

Elle cherche à conduire progressivement le participant vers différents états de conscience à l’aide du son, de la relaxation et d’exercices spécifiques.

Les programmes consacrés à la vision à distance suivent une autre histoire.

Ils passent par plusieurs organisations et plusieurs appellations avant d’être finalement regroupés sous le nom Stargate.

Leur objectif est plus directement lié à l’obtention d’informations concernant des cibles inconnues.

Mais les deux histoires se croisent.

Au début des années 1980, l’INSCOM travaille déjà sur la vision à distance lorsque certains de ses personnels commencent à s’intéresser aux méthodes développées par le Monroe Institute.

Des membres de ces programmes suivront même des formations utilisant les techniques de Monroe.

Illustration d'une expérience de sortie hors du corps inspirée des récits de Robert Monroe
À partir de 1958, Robert Monroe rapporte des expériences spontanées de sortie hors du corps qui orienteront progressivement ses recherches sur la conscience.

3. Robert Monroe : l’homme à l’origine de Gateway

Des expériences qu’il considère comme réelles

Robert Monroe ne vient ni du renseignement ni du monde universitaire.

Il travaille dans la radio et la production audiovisuelle lorsqu’il commence, dans les années 1950, à s’intéresser aux effets du son sur le comportement et l’apprentissage.

En 1958, ses recherches prennent une direction qu’il n’avait pas prévue.

Monroe raconte avoir commencé à vivre spontanément des expériences durant lesquelles il avait la sensation très nette de se trouver hors de son corps.

Les épisodes se répètent.

Il cherche à comprendre ce qui lui arrive, prend des notes et tente progressivement de reproduire certaines conditions de l’expérience.

En 1971, il publie Journeys Out of the Body, dans lequel il raconte une partie de ses observations.

Un point est important pour comprendre sa démarche : Monroe ne présente pas ses sorties hors du corps comme de simples rêves ou comme une métaphore.

Il considère que l’expérience est réelle.

Pour lui, la conscience peut, dans certaines conditions, percevoir indépendamment de sa position habituelle dans le corps.

Cela ne signifie pas qu’il pense immédiatement avoir compris ce qu’il expérimente. Ses interprétations vont évoluer au fil des années et de ses explorations.

Sa question devient progressivement très concrète :

est-il possible de provoquer volontairement certains de ces états et de permettre à d’autres personnes de les expérimenter ?

Du laboratoire sonore au Monroe Institute

Le son devient l’un des principaux outils utilisés par Monroe pour tenter de répondre à cette question.

Ses recherches conduisent au développement de Hemi-Sync, pour Hemispheric Synchronization.

L’objectif est d’utiliser différentes combinaisons sonores pour accompagner le cerveau vers certains états tout en maintenant l’attention du participant.

En 1971, le Monroe Institute est créé afin de poursuivre ces recherches.

Des programmes structurés apparaissent progressivement.

Des participants viennent expérimenter les méthodes développées par Monroe et apprennent à reconnaître différents états de conscience.

C’est dans cette évolution que naît la Gateway Experience.

L’expérience personnelle de Monroe devient ainsi une méthode destinée à être utilisée par d’autres.

4. Que se passe-t-il réellement pendant Gateway ?

Hemi-Sync : utiliser le son pour modifier l’expérience

Gateway est construit comme une progression.

Le participant utilise un casque et écoute des enregistrements associant des instructions vocales, des périodes de silence et différents signaux sonores.

L’un des principes utilisés est celui des battements binauraux.

Lorsque deux fréquences légèrement différentes sont présentées séparément à chaque oreille, l’auditeur perçoit une pulsation correspondant à leur différence.

Le Monroe Institute utilise notamment ce phénomène dans sa technologie Hemi-Sync.

Mais les enregistrements ne reposent pas uniquement sur le son.

Ils associent respiration, relaxation, attention et exercices mentaux afin d’accompagner progressivement le participant vers différents états.

Monroe les organise sous le nom de Focus.

Chaque Focus correspond à une manière particulière d’expérimenter son état de conscience.

Focus 10 : « esprit éveillé, corps endormi »

L’un des premiers états importants est Focus 10.

Monroe le décrit par une formule devenue célèbre :

« Mind awake, body asleep. »

L’esprit reste éveillé tandis que le corps atteint une relaxation très profonde.

Le participant apprend à diminuer progressivement son attention portée aux sensations corporelles sans perdre sa vigilance.

Il ne s’agit donc pas simplement de s’endormir.

L’objectif est de rester conscient alors que le corps se rapproche d’un état de sommeil.

Focus 10 constitue une base à partir de laquelle les exercices suivants peuvent être abordés.

Illustration des états de conscience Focus 10 et Focus 12 de la Gateway Experience
Focus 10 correspond à « l’esprit éveillé, corps endormi », tandis que Focus 12 introduit l’idée d’une conscience élargie dans le système de Monroe.

Focus 12 : élargir la perception

Avec Focus 12, Gateway change progressivement de nature.

Monroe parle désormais d’« expanded awareness », une conscience élargie.

Le participant ne cherche plus seulement à maintenir son attention dans un corps profondément détendu. Il commence à explorer ce qui apparaît depuis cet état.

Gateway propose notamment des exercices de résolution de problèmes.

Une question peut être formulée, puis laissée en suspens afin d’observer ce qui apparaît : une idée, une image, une sensation ou une impression.

D’autres exercices vont beaucoup plus loin.

Les programmes Gateway comportent notamment des pratiques explicitement consacrées à la remote viewing et aux premières étapes d’une séparation de la perception consciente et du corps.

Les niveaux suivants poursuivent cette progression.

Focus 15 est associé à un état dans lequel la perception habituelle du temps s’efface.

Focus 21 représente, dans le système développé par Monroe, une frontière entre la réalité physique ordinaire et d’autres niveaux d’expérience.

5. McDonnell cherche à comprendre pourquoi Gateway produit ces expériences

De l’hypnose à la méditation et au biofeedback

McDonnell commence par comparer Gateway à des méthodes déjà utilisées pour modifier l’état de conscience.

Il examine notamment l’hypnose, la méditation transcendantale et le biofeedback.

Ces pratiques sont différentes, mais elles lui montrent qu’une personne peut apprendre à modifier son niveau d’attention, sa perception du corps et certaines réponses physiologiques.

Pour aller plus loin, McDonnell s’appuie largement sur les travaux d’Itzhak Bentov, ingénieur et auteur qui s’intéresse aux relations entre le cerveau, le corps, les vibrations et les états de conscience.

C’est à partir de ces travaux qu’il commence à construire sa propre explication.

Résonance, cerveau et synchronisation

McDonnell envisage le corps comme un ensemble de systèmes rythmiques.

Le cœur bat.

Le sang circule.

La respiration possède son propre rythme.

Le cerveau produit différentes formes d’activité électrique.

Dans un état de relaxation profonde, il reprend l’idée de Bentov selon laquelle certains de ces rythmes pourraient devenir plus réguliers et entrer dans une forme de résonance.

McDonnell s’appuie également sur ce qu’il appelle le Frequency Following Response : exposé à certains rythmes sonores, le cerveau tendrait à adapter une partie de son activité électrique au stimulus reçu.

Pour représenter la cohérence qui pourrait en résulter, McDonnell utilise l’image du laser.

Une lumière ordinaire se diffuse dans de nombreuses directions.

Dans un laser, les ondes sont beaucoup plus organisées et cohérentes.

Selon lui, un phénomène comparable pourrait se produire dans le fonctionnement cérébral : non pas davantage d’énergie, mais davantage de cohérence.

Cette première explication concerne encore essentiellement le fonctionnement du cerveau et du corps.

Mais le modèle développé par McDonnell ne va pas s’arrêter à la physiologie.

6. Le rapport change alors complètement d’échelle

De l’activité cérébrale à la conscience

McDonnell propose désormais de distinguer le cerveau et la conscience.

Dans son modèle, le cerveau joue notamment le rôle d’un système capable de recevoir, d’organiser et d’interpréter de l’information. La conscience, elle, pourrait appartenir à un ensemble beaucoup plus vaste.

Il s’appuie sur différentes conceptions issues de la physique et sur les travaux de plusieurs auteurs pour envisager la réalité comme un système constitué d’énergie en mouvement.

La matière elle-même devient, dans cette représentation, une forme particulière d’énergie organisée.

La conscience pourrait alors être comprise non comme un phénomène entièrement enfermé dans le cerveau, mais comme quelque chose capable d’interagir avec cette réalité plus vaste.

Pourquoi McDonnell introduit-il l’hologramme ?

McDonnell utilise ensuite le modèle holographique.

Dans un hologramme, l’information représentant l’image n’est pas organisée comme sur une photographie classique. Chaque partie contient, sous une forme dégradée, des informations concernant l’ensemble.

McDonnell transpose cette idée à la réalité elle-même.

L’univers pourrait fonctionner comme un immense système dans lequel l’information concernant l’ensemble demeure accessible à partir de ses différentes parties.

Il rapproche cette conception des travaux du physicien David Bohm et du neuroscientifique Karl Pribram.

Dans cette représentation, la conscience individuelle ne serait pas complètement isolée.

En atteignant certains états, elle pourrait entrer en relation avec une quantité d’information beaucoup plus importante que celle fournie habituellement par les sens.

Schéma du modèle holographique présenté par McDonnell dans son analyse du Gateway Process
Dans son rapport, McDonnell utilise le modèle holographique pour envisager une relation entre conscience individuelle, information et réalité plus vaste.

Que deviennent l’espace et le temps dans ce modèle ?

Cette conception entraîne une conséquence importante.

Si l’information appartient à un ensemble plus vaste et si la conscience peut y accéder, la distance physique ne constitue plus nécessairement la même limite.

McDonnell applique également ce raisonnement au temps.

Il décrit notre perception habituelle du passé, du présent et du futur comme liée à notre manière ordinaire d’expérimenter la réalité.

Dans son modèle, cette organisation pourrait être perçue différemment.

Le rapport envisage alors la possibilité que la conscience accède à des informations qui ne semblent pas disponibles depuis sa position habituelle dans l’espace et dans le temps.

7. Jusqu’où Gateway prétend-il pouvoir aller ?

Les expériences de sortie hors du corps

Les sorties hors du corps occupent une place particulière dans les travaux de Robert Monroe.

Gateway propose des exercices destinés à explorer progressivement cette possibilité.

Le participant cherche à maintenir son état de conscience tout en diminuant son identification aux sensations physiques, jusqu’à tenter ce que Monroe appelle une séparation.

McDonnell prend cette possibilité au sérieux dans son analyse.

Il décrit différents procédés proposés par Gateway et envisage la sortie hors du corps comme une extension possible de la conscience au-delà de ses limites physiques habituelles.

Si une personne peut percevoir indépendamment de la position de son corps, cette capacité pourrait permettre d’accéder à des informations situées ailleurs.

Percevoir au-delà de l’endroit où se trouve le corps

Cette possibilité rejoint directement la perception à distance.

Gateway comporte des exercices dans lesquels le participant tente d’obtenir des informations concernant une personne, un lieu ou une situation éloignée.

Dans le modèle développé par McDonnell, il ne serait pas nécessaire que la conscience se déplace physiquement jusqu’à la cible.

Elle chercherait plutôt à accéder à l’information à partir de l’état particulier atteint pendant l’expérience.

La sortie hors du corps et la perception à distance correspondent donc à des expériences différentes, même si elles impliquent toutes deux une perception qui ne dépendrait plus uniquement de la position physique du participant.

Passé, présent et futur

McDonnell étend également son raisonnement au temps.

Dans le modèle qu’il développe, passé, présent et futur ne seraient pas nécessairement séparés de la manière dont nous les expérimentons habituellement.

Certains états de Gateway seraient destinés à réduire cette perception ordinaire du temps et à explorer ce qui apparaît lorsque cette limite s’efface.

Le rapport envisage ainsi la possibilité d’accéder à des informations concernant non seulement des lieux éloignés, mais également d’autres moments dans le temps.

Illustration des possibilités de perception au-delà de l’espace et du temps envisagées dans le rapport Gateway
Le modèle étudié par McDonnell envisage la possibilité d’accéder à des informations qui ne semblent pas disponibles depuis notre position habituelle dans l’espace et le temps.

8. Qu’espérait réellement en faire le renseignement militaire ?

Une expérience personnelle, mais aussi une question pratique

Pour le renseignement militaire, l’intérêt de ces possibilités est concret.

Si certains états de conscience permettent d’accéder à des informations difficiles à obtenir par les moyens habituels, leur utilisation pourrait dépasser largement l’expérience personnelle.

McDonnell envisage plusieurs possibilités.

Gateway pourrait favoriser l’intuition, apporter une autre manière d’aborder un problème et permettre l’apparition d’informations qui ne semblent pas accessibles dans l’état de conscience ordinaire.

Dans un environnement de renseignement, la question devient alors :

ces informations peuvent-elles avoir une valeur opérationnelle ?

Certains participants sélectionnés poursuivent leur entraînement et travaillent avec les méthodes développées par le Monroe Institute.

McDonnell recommande-t-il d’abandonner Gateway ?

La conclusion du rapport permet de savoir ce que McDonnell pense après avoir mené son analyse.

Il ne recommande pas d’abandonner Gateway.

Au contraire, il estime qu’il existe une base suffisamment rationnelle pour considérer les objectifs essentiels de la méthode comme plausibles.

Il considère également que les intuitions obtenues dans certains états peuvent présenter une valeur personnelle, mais aussi pratique et professionnelle.

McDonnell recommande cependant une progression structurée.

Selon lui, il est préférable de maîtriser les différentes étapes avant de chercher à atteindre les états les plus avancés.

Il envisage également l’utilisation d’autres méthodes susceptibles de faciliter cette progression et propose de poursuivre l’étude de Gateway.

Il considère donc que la méthode mérite d’être poursuivie et explorée.

Illustration d’une séance de remote viewing avec description et dessin d’une cible inconnue
Dans les protocoles de remote viewing, le participant tente de décrire une cible qu’il ne connaît pas et à laquelle il n’a normalement aucun accès.

9. Gateway et les recherches américaines sur la perception à distance

Une histoire qui se déroule en parallèle

Les recherches américaines consacrées à la remote viewing commencent au début des années 1970 et se poursuivent, sous différentes organisations et appellations, jusqu’au milieu des années 1990.

Des chercheurs comme Harold Puthoff et Russell Targ, puis des participants comme Ingo Swann, jouent un rôle important dans les premières expériences menées au Stanford Research Institute.

L’armée et plusieurs organismes de renseignement poursuivent ensuite ces travaux.

La vision à distance quitte également le seul cadre expérimental.

Des équipes sont sollicitées pour travailler sur de véritables problèmes de renseignement : personnes disparues, installations étrangères, équipements militaires ou autres cibles auxquelles les participants n’ont normalement pas accès.

Au total, cette histoire s’étendra sur environ deux décennies.

Pourquoi ces recherches ont-elles continué si longtemps ?

La durée de ces recherches constitue à elle seule une question intéressante.

Certaines expériences produisent des correspondances suffisamment étonnantes pour retenir l’attention des chercheurs et des responsables qui les examinent.

Des demandes opérationnelles sont également confiées aux équipes.

Mais les performances ne sont pas constantes.

Une séance peut fournir des informations remarquables tandis qu’une autre produit peu d’éléments exploitables.

Pour un service de renseignement, cette irrégularité représente un problème majeur : une information ne doit pas seulement être juste, elle doit pouvoir être reconnue comme fiable au moment où elle est obtenue.

Cette difficulté accompagnera les recherches jusqu’à leur évaluation finale dans les années 1990.

Des résultats suffisamment intrigants pour poursuivre les recherches pendant des années, mais une méthode dont la fiabilité opérationnelle restera discutée.

Cette histoire fera l’objet d’un article consacré au programme Stargate, car elle dépasse largement le cadre du Gateway Process.

10. Que peut-on réellement conclure du rapport Gateway ?

Ce qui est documenté

Le rapport de McDonnell permet au moins d’établir plusieurs éléments.

Gateway a réellement fait l’objet d’une analyse au sein du renseignement militaire américain.

Des personnels de l’INSCOM ont suivi les programmes du Monroe Institute et Robert Monroe a participé à certaines formations liées à ces recherches.

McDonnell, après avoir lui-même expérimenté Gateway et étudié son fonctionnement, considère que la méthode mérite d’être poursuivie.

Ces éléments appartiennent à l’histoire documentée du programme.

En revanche, le rapport ne constitue pas à lui seul une démonstration de toutes les explications proposées par McDonnell.

Son objectif est précisément de construire un modèle susceptible de rendre compte des expériences étudiées.

Ce qui reste une question

Et certaines de ces expériences continuent de poser des questions considérables.

Que se passe-t-il réellement lors d’une sortie hors du corps ?

Comment comprendre une perception correcte d’une cible inconnue ?

Quelle est la nature des informations qui apparaissent dans certains états de conscience ?

Quelle relation existe réellement entre la conscience et le cerveau ?

Le rapport de McDonnell ne donne pas une réponse définitive à ces questions.

Mais il constitue le témoignage particulièrement inhabituel d’une tentative menée au sein du renseignement militaire américain pour leur donner un cadre cohérent.

11. La mystérieuse page 25

Une page absente de la copie rendue publique

Lorsque le rapport Gateway commence à circuler largement sur Internet, les lecteurs découvrent une anomalie.

Après la page 24 vient directement la page 26.

La page 25 manque.

Cette absence alimente naturellement les spéculations.

Que contenait-elle ?

Pourquoi avait-elle disparu ?

Avait-on volontairement retiré une partie particulièrement sensible du rapport ?

La page manquante se situe vers la fin du raisonnement de McDonnell, lorsque son analyse atteint certaines de ses conclusions les plus ambitieuses.

Une autre copie du document permettra finalement de retrouver cette page et de reconstituer le rapport complet.

Ce qu’elle contient réellement

La page retrouvée poursuit le raisonnement consacré à la conscience et à ce que McDonnell appelle l’Absolu.

Il y développe l’idée d’une conscience capable de dépasser les limites habituelles de l’espace et du temps et poursuit son modèle de relation entre la conscience individuelle et une réalité plus vaste.

Son contenu est donc important pour comprendre la continuité de son raisonnement.

Mais la page 25 ne contient pas une révélation secrète expliquant à elle seule Gateway.

Son absence a probablement contribué à rendre le document encore plus mystérieux qu’il ne l’était déjà.

Ce qu’il contient ouvertement est déjà suffisamment étonnant.

12. Pourquoi Gateway continue-t-il de poser question ?

Plus de quarante ans après le rapport de McDonnell, Gateway continue d’être lu et expérimenté.

La question qui traverse le document reste pourtant remarquablement simple :

jusqu’où peut réellement aller la conscience humaine ?

Robert Monroe a consacré plusieurs décennies à explorer cette question à partir de ses propres expériences.

McDonnell a tenté de lui donner un cadre permettant d’expliquer des phénomènes qui, s’ils sont pris tels qu’ils sont décrits, remettent en question certaines limites que nous attribuons habituellement à la perception.

Le rapport n’apporte pas de réponse définitive.

Mais il montre quelque chose de plus inhabituel qu’une simple curiosité historique.

En 1983, cette question a été jugée suffisamment intéressante pour qu’un officier du renseignement militaire américain soit chargé de l’étudier, expérimente lui-même la méthode et tente d’en comprendre les mécanismes et les possibilités.

Et après son analyse, McDonnell ne recommande pas de refermer le dossier.

C’est peut-être ce qui rend Gateway encore aussi fascinant aujourd’hui.

Nous savons ce que Monroe disait expérimenter.

Nous savons ce que McDonnell a tenté d’en comprendre.

Nous savons que des personnels américains ont effectivement exploré ces méthodes.

Mais la question située au cœur de toutes ces recherches reste ouverte :

que sommes-nous réellement capables de percevoir lorsque notre manière habituelle d’expérimenter la conscience se modifie ?

Sources et documents pour aller plus loin

Plusieurs documents et ressources permettent d’approfondir l’histoire du Gateway Process, les travaux du Monroe Institute et les recherches américaines consacrées à la perception à distance.

Le rapport Gateway de 1983

Analysis and Assessment of Gateway Process, rapport rédigé en 1983 pour l’US Army Intelligence and Security Command et déclassifié sous la référence CIA-RDP96-00788R001700210016-5.

Consulter le rapport Gateway →

Gateway Experience et Monroe Institute

Le Monroe Institute présente les différents états utilisés dans la Gateway Experience, notamment Focus 10 et Focus 12, ainsi que les exercices développés autour de l’exploration de la conscience.

Découvrir la Gateway Experience →

Archives Stargate et remote viewing

Les archives déclassifiées du programme Stargate rassemblent de nombreux documents consacrés aux recherches américaines sur la perception à distance et le remote viewing.

Consulter les archives Stargate de la CIA →

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