
Ce que je suis : entre identité, croyances et image de soi
Lorsque l’on nous demande qui nous sommes, nous trouvons généralement une réponse.
Je suis sensible. Je suis indépendant. Je suis réservé. Je suis volontaire. Je manque de confiance en moi.
Nous utilisons ces mots comme s’ils décrivaient quelque chose de parfaitement connu.
Pourtant, ils racontent surtout la représentation que nous avons construite de nous-mêmes.
Entre ce que je suis et ce que je pense être, il existe tout un espace à explorer.
L’image que j’ai de moi
L’image que nous avons de nous-mêmes se construit progressivement.
Notre tempérament et notre corps y participent. Notre famille, notre éducation, notre environnement et le regard des autres aussi.
Très tôt, nous entendons des choses à notre sujet.
Certaines disparaissent. D’autres nous accompagnent longtemps.
Un enfant souvent décrit comme timide peut finir par penser : « Je suis timide. » Une réussite peut faire naître : « Je suis capable. » Des difficultés répétées peuvent installer : « Ce n’est pas pour moi. »
Nos expériences participent elles aussi à cette construction.
Une rencontre peut révéler une capacité que nous ignorions. Un échec peut installer un doute. Une séparation peut modifier notre rapport aux autres. Un voyage ou une découverte peuvent changer notre manière de regarder le monde.
Ce qui nous arrive compte, mais aussi ce que nous en ressentons, comprenons et retenons.
À force d’être répétées ou confirmées par nos expériences, certaines idées deviennent des croyances sur nous-mêmes.
Ces croyances influencent ce que nous osons, ce que nous évitons et la manière dont nous interprétons ce qui nous arrive.
Ce que je crois de moi influence ce que j’ose
Toutes les croyances que nous avons sur nous-mêmes ne nous limitent pas.
Certaines nous soutiennent.
Ces convictions participent à la confiance que nous accordons à nos propres capacités. Elles nous encouragent à essayer, à recommencer ou à nous engager dans une direction nouvelle.
À l’inverse, penser « je n’en suis pas capable » ou « ce n’est pas pour moi » peut nous conduire à renoncer avant même d’avoir essayé.
L’image que nous avons de nous-mêmes ne reste donc pas seulement dans notre tête. Elle influence nos décisions et nos comportements.
Ce que je crois de moi influence ce que j’ose. Et ce que j’ose vivre peut, à son tour, transformer l’image que j’ai de moi.
Une manière de se regarder
Notre façon de nous définir dépend aussi du monde dans lequel nous avons grandi.
Certaines cultures mettent davantage en avant l’individu, ses choix, son autonomie et ce qui le distingue. D’autres accordent une place plus importante à la famille, aux relations, au groupe ou à la continuité entre les générations.
Même notre manière de penser l’indépendance, la réussite, la famille ou notre place parmi les autres nous a en partie été transmise.
Nous ne construisons donc pas notre identité seuls.
Mais ce que nous avons appris à penser de nous n’est pas tout ce que nous sommes.
Une expérience n’est pas une identité
Nous transformons facilement une expérience, une émotion ou un comportement en définition de nous-mêmes.
À force de nous raconter la même chose, cette définition finit par sembler évidente.
Pourtant, ce que nous vivons n’est pas toujours ce que nous sommes.
Nous utilisons des mots relativement fixes pour définir un être qui continue d’évoluer.
Une conviction change. Un désir évolue. Une capacité se développe. Une expérience nouvelle modifie notre regard.
Notre représentation de nous-mêmes peut avoir du retard sur ce que nous sommes devenus.
Ce que mes actes révèlent de moi
Il y a ce que nous pensons être. Et il y a aussi ce que nos expériences nous montrent.
Nous pouvons nous croire timides et découvrir que nous prenons facilement la parole lorsqu’un sujet nous passionne.
Nous pouvons penser que nous abandonnons toujours et constater que nous persévérons lorsqu’un projet compte réellement pour nous.
Nous pouvons nous croire incapables de faire face à une difficulté jusqu’au jour où les circonstances nous obligent à découvrir une force que nous ne nous connaissions pas.
Nos actes ne disent pas tout de nous. Mais ils peuvent confirmer, nuancer ou contredire l’image que nous avons construite.
Se connaître demande donc aussi de regarder ce que nous faisons réellement, et pas seulement ce que nous racontons sur nous-mêmes.

De quoi suis-je fait ?
La question « Qui suis-je ? » peut alors être regardée autrement.
Lorsque nous observons ce qui est présent en nous, nous découvrons un ensemble beaucoup plus vaste.
Un corps, des sensations, des pensées, des émotions, des souvenirs, des désirs, des capacités, des habitudes, des élans.
Certaines choses nous sont familières. D’autres restent encore à découvrir.
Nous ne connaissons pas encore toutes les possibilités qui existent en nous.
C’est là que la connaissance de soi devient une exploration.
Mieux se connaître
Mieux se connaître ne consiste pas seulement à pouvoir expliquer qui nous sommes.
C’est comprendre nos réactions et reconnaître ce qui nous influence.
C’est aussi distinguer ce que nous désirons réellement de ce que nous avons appris à vouloir ou à croire.
Cette connaissance apporte davantage de clarté dans nos choix et nos relations.
Elle permet de reconnaître une limite réelle, mais aussi de remettre en question une limite que nous avions intégrée.
Elle aide à mieux reconnaître ce qui nous convient, ce qui compte pour nous et ce que nous ne voulons plus laisser décider à notre place.
Mieux se connaître peut aussi modifier notre manière de choisir.
Non pas parce que nous possédons enfin une définition parfaite de nous-mêmes, mais parce que nous distinguons mieux nos envies, nos capacités, nos limites et certaines croyances qui orientaient jusque-là nos décisions.
Se connaître ne signifie donc pas parvenir à une définition définitive de soi. Nous continuons à vivre, apprendre, ressentir et évoluer.
Se retrouver au milieu de tout cela
Entre ce que les autres nous ont transmis, ce que nous avons vécu et ce que nous pensons être, il n’est pas toujours facile de savoir ce qui nous correspond vraiment.
Le journaling, ou simplement le fait d’écrire régulièrement pour soi, devient alors une forme d’observation.
Pas besoin d’écrire des pages ni de raconter toute sa journée.
Quelques minutes suffisent pour mettre des mots sur ce qui se passe en nous et prendre de la distance avec nos réactions immédiates.
Noter ses « je suis »
Je suis trop sensible. Je suis mauvais avec les chiffres. Je suis quelqu’un qui abandonne facilement…
Puis regarder ces phrases avec curiosité : depuis quand est-ce que je pense cela ? Sur quelles expériences cette certitude repose-t-elle ?
Écrire ce que l’on ressent plutôt que ce que l’on est
Remplacer « je suis anxieux » par « aujourd’hui, je ressens de l’anxiété ».
Ce changement aide à distinguer un état que nous traversons de l’identité que nous lui attribuons.
Observer ce qui revient
Au fil des pages, certaines envies, réactions, peurs ou situations réapparaissent.
Les relire permet de découvrir des répétitions que l’on ne remarquait pas dans le quotidien.
Regarder aussi ce qui change
Une ancienne peur a disparu. Une envie nouvelle revient régulièrement. Une situation autrefois difficile ne provoque plus la même réaction.
Le journal garde la trace de ces évolutions que nous oublions facilement.
Laisser une place à ce que l’on ne sait pas encore
Tout n’a pas besoin d’être compris ou expliqué immédiatement.
Une phrase, une sensation ou une envie peuvent simplement être notées et laissées là.
Le journaling ne donne pas une réponse définitive à la question « Qui suis-je ? ». Il permet de suivre les mouvements, les contradictions et les évolutions qui nous traversent.
Page après page, nous pouvons ainsi mieux distinguer ce que nous avons appris à penser de nous de ce que nous découvrons réellement de nous-mêmes.
Pour aller plus loin
Deux lectures pour poursuivre l’exploration sous un autre angle.








