Homme marchant dans une ville animée tandis que les passants en mouvement l’entourent
Au milieu du mouvement, quelque chose en nous peut rester présent.

La Présence silencieuse

par Tony Hemery

Nous passons une grande partie de notre journée absorbés par ce qui se passe en nous et autour de nous.

Une pensée en entraîne une autre. Une émotion apparaît. Une préoccupation revient. Notre attention se dirige vers ce que nous devons faire, ce que nous avons vécu ou ce qui pourrait arriver.

À force d’être pris dans ce mouvement, nous pouvons avoir l’impression de nous être éloignés de nous-mêmes.

Mais de quoi nous sommes-nous réellement éloignés ?

La Présence silencieuse : un point de départ

Dans l’Éclat Initial, nous appelons Présence silencieuse ce point intérieur à partir duquel nous pouvons observer ce qui se passe en nous.

Les pensées continuent d’exister.

Les émotions aussi.

Les sensations, les souvenirs, les désirs et les préoccupations peuvent toujours être présents.

La Présence silencieuse ne consiste donc pas à faire disparaître notre activité intérieure.

Elle consiste d’abord à remarquer qu’elle est là.

Une distinction apparaît alors.

Il y a la pensée.

Et il y a le fait de savoir que cette pensée est présente.

Il y a l’émotion.

Et il y a le fait de pouvoir observer cette émotion.

La Présence silencieuse n’est pas l’absence de pensée. Elle est ce qui permet de remarquer qu’une pensée est là.

Cette distinction nous conduit directement à une question beaucoup plus vaste : celle de la conscience.

Revenir au centre

Dans le symbole de l’Éclat Initial, la Présence silencieuse est représentée par le centre.

Ce centre n’est pas seulement un élément graphique.

Il constitue un point de référence.

Lorsque notre attention est entièrement absorbée par une pensée, une émotion ou une situation, nous sommes engagés dans ce que nous vivons.

Revenir au centre introduit une autre possibilité : observer cette expérience sans chercher immédiatement à la modifier.

Ce retour ne garantit ni le calme, ni une réponse, ni une sensation particulière.

Il crée un espace d’observation.

Et dans cet espace, notre rapport à ce que nous vivons peut changer.

Une expérience de la Présence silencieuse

Prenez un instant.

Une pensée, une émotion ou une sensation est peut-être présente.

Ne cherchez pas à la faire disparaître.

Remarquez simplement une chose :

vous savez qu’elle est là.

Vous savez qu’une pensée apparaît.

Vous savez qu’une émotion est présente.

Alors une autre question se pose :
Qu’est-ce qui en a conscience ?

Ne cherchez pas immédiatement une réponse.

Une pensée apparaît, puis disparaît. Une autre arrive.

Le contenu change.

Mais qu’en est-il de ce qui en a conscience ?

C’est vers cette question que nous orientons la Présence silencieuse.

Non pas vers l’absence de pensée, mais vers cette présence qui permet de savoir que quelque chose est en train d’être vécu.

Ce que la science peut nous apprendre

La recherche scientifique s’intéresse depuis longtemps à l’attention, à la perception, à la métacognition et aux différents états de conscience.

Elle permet notamment d’étudier ce qui se produit lorsque nous portons notre attention sur notre propre activité mentale.

Il existe une différence entre être absorbé par une pensée et prendre conscience que nous sommes en train de penser.

Cette capacité à observer notre propre activité mentale est notamment étudiée sous le terme de métacognition.

Les recherches sur l’attention et la conscience permettent ainsi de mieux comprendre certains mécanismes de notre expérience.

Mais elles ouvrent également une question beaucoup plus vaste : qu’est-ce que la conscience elle-même ?

Vivre avec cette présence

La Présence silencieuse n’a pas vocation à rester une expérience isolée.

Elle peut accompagner une décision, une relation, une difficulté ou simplement un moment ordinaire.

Non pas pour supprimer ce que nous ressentons.

Non pas pour nous placer dans un état particulier.

Mais pour conserver la possibilité de revenir à ce point depuis lequel nous pouvons observer ce qui est en train de se passer.

Une pensée peut alors rester une pensée.

Une émotion peut être ressentie sans devenir immédiatement toute notre réalité.

Une question peut rester ouverte suffisamment longtemps pour que quelque chose d’autre apparaisse.

La Présence silencieuse devient alors moins une technique qu’une manière d’entrer en relation avec notre propre expérience.

Illustration de la Présence silencieuse reliant pensées, émotions et sensations à la question de la conscience
Pensées, émotions, sensations : nous en avons conscience. Mais qu’est-ce qui en a conscience ?

Les grandes questions de la conscience

Observer ce qui se passe en nous conduit naturellement à des questions plus profondes sur la conscience elle-même.

01. Si j’observe mes pensées, qui les observe ?

Une pensée peut occuper toute notre attention.

Mais nous pouvons aussi prendre conscience que nous sommes en train de penser.

Cette distinction est essentielle.

Il y a ce qui apparaît dans notre expérience — une pensée, une émotion, une sensation, une image — et il y a le fait d’en avoir conscience.

La science étudie notamment cette capacité à observer sa propre activité mentale à travers la métacognition.

Mais l’expérience conduit à une question plus profonde :

Qu’est-ce qui sait qu’une pensée est présente ?

C’est précisément cette question que la Présence silencieuse permet d’explorer.

02. La conscience est-elle simplement notre pensée ?

Non.

Nous pouvons être conscients d’une pensée, mais également d’un son, d’une douleur, d’une couleur, d’une émotion, d’une sensation corporelle ou même de l’absence momentanée de pensée.

La pensée constitue donc un contenu de notre expérience consciente, mais elle ne résume pas à elle seule la conscience.

Cette distinction est également présente dans la recherche scientifique, qui étudie les différents contenus pouvant apparaître dans l’expérience consciente.

03. Est-ce le cerveau qui produit la conscience ?

Le cerveau et la conscience entretiennent une relation extrêmement étroite.

Une anesthésie, une lésion cérébrale, le sommeil ou certaines maladies peuvent modifier profondément notre état de conscience.

Les neurosciences peuvent également identifier des activités et des réseaux cérébraux associés à certaines expériences conscientes.

Mais constater cette relation ne résout pas entièrement la question de son origine.

Plusieurs modèles scientifiques tentent aujourd’hui d’expliquer comment l’activité cérébrale pourrait donner naissance à l’expérience subjective. Ils ne proposent pas tous la même réponse, ni exactement les mêmes mécanismes.

La question reste donc ouverte :

Le cerveau produit-il la conscience, la rend-il possible, ou existe-t-il encore une autre manière de comprendre leur relation ?

04. La science sait-elle aujourd’hui expliquer ce qu’est la conscience ?

Elle en sait beaucoup plus qu’autrefois.

Elle peut étudier les états de conscience, mesurer certaines réponses cérébrales, rechercher les mécanismes neuronaux associés à une perception consciente et comparer ce qui se produit lorsque nous sommes éveillés, endormis ou anesthésiés.

Elle dispose également de plusieurs grandes théories pour tenter d’expliquer comment la conscience pourrait émerger de l’activité cérébrale.

Mais aucune explication ne fait aujourd’hui consensus sur l’ensemble du phénomène.

Une difficulté demeure particulièrement profonde : pourquoi existe-t-il une expérience vécue ?

Pourquoi une activité physique dans le cerveau s’accompagne-t-elle du fait de voir une couleur, de ressentir une émotion, d’éprouver une douleur ou simplement de savoir que nous sommes là ?

C’est là que la conscience reste l’une des grandes questions ouvertes de notre connaissance.

05. Que nous permet d’explorer la Présence silencieuse ?

La Présence silencieuse ne cherche pas à définir ce qu’est la conscience.

Elle propose de l’approcher par l’expérience.

Nos pensées changent. Nos émotions changent. Nos sensations changent. Notre perception du monde elle-même évolue constamment.

Et pourtant, au milieu de ces changements, nous avons conscience de ce qui est vécu.

C’est ce point qui devient intéressant.

Lorsque nous revenons au centre, nous ne cherchons pas seulement à observer une pensée ou à calmer notre esprit.

Nous orientons notre attention vers ce qui demeure présent pendant que l’expérience change.

Est-ce simplement une fonction de notre cerveau ? Une forme particulière d’attention ? Quelque chose de plus fondamental ?

La Présence silencieuse ne tranche pas cette question.

Elle permet de l’explorer de l’intérieur.

La place de l’Éclat Initial

L’Éclat Initial ne cherche pas à apporter une réponse définitive à la question de la conscience.

Il propose une manière de l’explorer.

Le centre représente la Présence silencieuse.

À partir de ce centre, l’attention peut se diriger vers une pensée, une émotion, un souvenir, une perception, une question ou une possibilité.

Puis elle peut revenir.

C’est dans ce mouvement entre le centre et ce qui apparaît que se développent les différentes pratiques de l’Éclat Initial.

Les trois éclats et l’oscillation utilisent ce principe : revenir à un point de référence, explorer ce qui se présente, puis observer ce qui change.

Le centre n’est donc pas une destination.

Il devient un point à partir duquel l’expérience peut être regardée autrement.

Tout commence au centre, s’en éloigne, l’explore et peut y revenir.

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